Viande halal : pour nourrir la réflexion

Viande halal : pour nourrir la réflexion

Des propos récents de madame Le Pen ont suscité une polémique sur l’abattage rituel et la commercialisation de la viande halal en France. Le calme étant revenu, il est maintenant possible de débattre sereinement de ce problème. Voici quelques éléments de réflexion.

La réglementation actuelle impose l’étourdissement des animaux destinés à la consommation humaine avant leur abattage. Une dérogation à cette obligation est cependant prévue par le Code rural français et par le droit européen lorsque l’étourdissement n’est pas compatible avec les prescriptions rituelles (cultes musulman et juif). Cette dérogation fait toutefois l’objet d’un encadrement strict : l’abattage rituel doit obligatoirement être effectué dans un abattoir, après immobilisation de l’animal, en respectant l’ensemble des autres mesures en matière de bien-être animal prévues par les réglementations nationale et européenne.

En France, 15% des viandes bovines sont issues d’un abattage rituel. Il est piquant de constater que l’un des plus gros abattoirs pratiquant ainsi a pour dirigeant un conseiller régional du Nord-Pas de Calais, M. Lamoitier, qui appartenait jusqu’à ces derniers jours au Front National…

 

Il y a probablement eu des abus. En effet, l’abattage rituel est moins coûteux que l’abattage normal puisqu’il n’y a pas d’étourdissement. Certains grossistes indélicats peuvent ainsi être tentés de vendre de la viande halal dans les présentoirs classiques sans en indiquer la provenance.

 

C’est pourquoi le gouvernement français a pris le 28 décembre 2011 un décret qui renforce l’encadrement de l’abattage rituel. Les abattoirs concernés devront être titulaires d’une autorisation préfectorale qui leur imposera :

 

– de disposer d’un matériel adapté (ex : immobilisation des animaux) et d’un personnel dûment formé (hygiène et règles européennes de protection des animaux)

– de justifier des procédures garantissant des cadences adaptées (la chaîne doit fonctionner plus lentement)

– d’assurer un un enregistrement des commandes permettant de vérifier que le recours à l’abattage rituel répond à une commande effective en viandes abattues rituellement. Cette dernière obligation est très importante : il faut que l’offre de viande ne dépasse pas la quantité consommée par les communautés concernées.

 

L’autorisation préfectorale sera retirée en cas de non-respect de ces règles.

 

Il faudrait aller plus loin en obligeant les détaillants à indiquer le mode d’abattage sur toutes les viandes mises en vente. Mais l’étiquetage relève du droit européen et la France ne peut pas agir seule. C’est pourquoi une réflexion est en cours au niveau européen pour améliorer l’information des consommateurs. La France y participe activement, à la demande du Président de la République. Dès que ce préalable européen sera levé, il faudra au plus vite modifier la réglementation française.

©Charles de la Verpillière Mentions légales